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2006/2/16 Les diamants de la couronnele poète sait qu’il n’est pas doué pour la poésie il le sait même si ici ou là on lui dit le contraire l’invite l’incite à lire dire déclamer parler reparler écrire réfléchir encore et encore et encore sur la poésie et le poème et le vers pas vers la prose l’odeur des roses et celle des aisselles de ses amantes le moderne ou le classique le sentiment des choses ou les infimes mouvements si intéressants de la crevette rose ou rodomonte ou de la sittelle encore comme l’hermine d’ailleurs la poésie c’est pas son truc on ne le croit pas au contraire bien au contraire on sourires entendus on sait qu’il dit ne pas savoir mais on sait ce qu’on sait quoi qu’il fasse ou cache ou dise ou affirme il est le poète pas ce qu’il dit mais ce qu’il est dans ses dires 2006/2/15 L'ArchiducAlessandro est un grand mystique s’abîme dans la contemplation des brumes bleutées du lever du jour adoucissant les lignes des toits des villages ou les infinis changements colorés des surfaces marines dans les anses bretonnes ou encore les lumineuses profondeurs vertes des sous-bois sculptées par des averses de lumière ou même se dissout dans les masses aveuglantes des chaleurs d’août Alessandro se confond avec son sentiment du monde il vise cela le désire intensément ne trouve nulle part ailleurs telle plénitude sentiment d’être et d’appartenir satisfaction d’éprouver la fusion intime de ses atomes avec ceux qui composent son univers Alessandro est paysage lumière odeur fraîcheur ou chaleur ou vent feuillage nuage et orage il est ne trouve à sa vie d’autre sens que d’être un temps cet assemblage curieusement conscient d’être pour en fin se dissoudre dans l’infini variété insaisie des choses 2006/2/14 Zémire et Azorils se regardent parlent se parlent parlent d’amour ils se regardent parler se regardent parler d’amour ils se regardent et se parlent d’amour ne savent pas comment ils en sont venus là se regardent se parler d’amour et ça dure dure ne savent pas pourquoi ni comment se parlent parlant d’amour parlent d’amour en se regardant parler d’amour avec l’amour autour ou du moins quelque chose qui leur parle d’amour ce quelque chose dont ils parlent tout en se regardant se regarder avec tout l’amour dont ils disent parler et qui est là comme ça entre eux tout d’un coup sans raisons sans miroir ni écho une parole qui leur parle d’amour 2006/2/13 La zingaraelle dit « c’est une honte » il dit aussi « c’est une honte » « n’est-ce pas ? » qu’elle dit « bien sûr bien sûr vous avez tout à fait raison c’est une honte » « on nous mène par le bout du nez n’est-ce pas » « sûr… ça c’est sûr on se moque de nous » il dit ça elle l’écoute pas elle dit elle dit la même chose ne l’écoute pas « ça va pas… ça va pas… on se moque de nous… c’est une honte… » « vous avez raison une honte » elle dit il dit elle elle dit ce qu’il dit d’ailleurs il dit ce qu’elle dit «c’est une honte… une véritable honte madame » ça leur fait bien plaisir les rassure de se comprendre aussi bien d’éprouver cette même indignation devant les mots dits les mots qui les enveloppent de leur tranquillité fadasse 2006/2/11 Gli artigiani arrichetile vieux poète est vieux c’est un poète avec une tête de vieux poète cheveux soleil blanc de frondaison de soir lumineux lumineux d’automne Alessandro voit le vieux poète dans le miroir le voit ne le regarde pas ne veut pas ne veut pas le regarder Alessandro sait que le vieux poète est vieux il sait ça voit ses cheveux blond-soleil diffractés sur la mer par une calme soirée d’été et ça ne le rassure pas ni rien d’autre rien d’autre entre eux que le temps glissant en silence sur la surface liquide impassible du miroir rien d’autre que cette eau du regard larmes buée coulant sur la trouble différence verticale du miroir du vieux poète voix cassée cassée par la fatigue du regard l’usure vieux-poète du monde peau des mots devenus rugueux d’avoir trop servis noirs intimes noirs soleil creusant les montagnes un soir agressif d’hiver mots noirs perdus dans l’eau trouble des regards perdus dans l’eau vague du miroir dans ce silence secret dressé entre lui et lui entre le vieux poète et le vieux poète entre Alessandro et Alessandro et Alessandro Alessandro et puis et puis et alors… 2006/2/10 Il prigioniero superboAlessandro est capable de tout faire sait tout de tout sur tout maîtrise le calcul intégral comme les théories quantiques ou la sociologie de la société de l’information pourrait conseiller des ministres de n’importe quel gouvernement saurait prévoir des catastrophes mettre son savoir au service des causes les plus urgentes contrecarrer les dessins machiavéliques des mafias les plus diverses retirer les marrons de n’importe quel feu être efficace donner des conseils utiles et même indispensables écrire des poèmes inoubliables des chansons pour faire rire les enfants pleurer les vieillards séduire les jeunes filles ou les vieilles femmes Alessandro en est capable capable il ne fait rien de tout cela ne veut pas pourrait mais ne veut pas tant lui semblent vaines quelques actions que ce soit dans ce monde qui ne l’enchante plus 2006/2/9 La boîte au laitAlessandro est malheureux sa vie a une odeur de vernis recouvrant des heures formelles parfois un goût de merdes celles dans lesquelles il marche de temps à autre qui l’obligent à nettoyer ses semelles crantées avec des brindilles de bois des morceaux de carton ou autres instruments improvisés mais cela ne présage jamais du pire qu’il sent là quelque part possible bien que tout à fait indéfinissable car ses jours sont des jours qui succèdent les uns aux autres sans autres raisons que leurs succession or la distance à parcourir lui reste une équation à deux inconnues et il ne sait que ramper de terreur devant l’aspect insoluble des choses faisant son cinéma tout cela est bien flou bien morose en tous points identique à soi-même hors de la ritournelle que lui font des mots comme aubaine amitié amour avenir aventure qui n’en finissent jamais de ne pas savoir commencer et encombrent sa tête de leur incessante rumeur monotone 2006/2/8 Il piccolo diabolo rossoAlessandro se passionne d’abord pour la littérature lit dévore puis trouve que le football ne manque pas de charme puis le tennis la course à pied la musique mongole ouzbèque l’opéra l’opéra en effet mais il y a tant d’autres choses encore l’instant d’après c’est la natation la natation la natation ou le vélo les rêveries devant les paysages les promenades en forêt l’archéologie la science et son histoire l’histoire et l’histoire des sciences la science de l’histoire la religion le problème de dieu l’occupe en effet un instant puis de l’un passe aux multiples à l’histoire des religions puis au golf au théâtre cinéma danse visite de musées histoire de l’art philosophie psychanalyse mathématiques psychologie alors tombe le couperet du soir et se retourne sur sa journée se dit que rien n’a eu lieu sinon l’essoufflement de sa course d’une recherche à l’autre d’un emballement de l’esprit à l’autre que rien n’est dit ni épuisé tout encore reste à découvrir et maintenant c’est la nuit qui tombe la nuit qui tombe sans remords possibles la nuit sa nuit qui tombe |
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